الإثنين، نيسان 22، 2019

Brexit : manifestation monstre à Londres pour exiger un nouveau référendum

24 آذار
, 2019
, 1:23ص
Brexit : manifestation monstre à Londres pour exiger un nouveau référendum

Philippe Bernard – Le monde

Même mis à bout de nerfs par le Brexit, les Britanniques conservent leur flegme. Une foule compacte, déterminée mais sereine a défilé, samedi 23 mars, entre Hyde Park et le Parlement de Westminster, dans le centre de Londres. Une marée bleue Europe qui déferlait, ébahie de sa propre force, sans présence des partis politiques, pour réclamer un deuxième référendum. Pas un seul policier en vue mais pas une bousculade, un calme inouï.

Des centaines de milliers de personnes dans les rues – un million selon les organisateurs – dans un pays où manifester n’est pas un réflexe courant. Des personnes âgées et des bébés en poussette, des Londoniens et des provinciaux venus par cars entiers. Surtout des classes moyennes et supérieures, étudiants, professeurs et cadres notamment. L’un des plus gros cortèges jamais vu dans la capitale, davantage que lors de la manifestation monstre de 2003 contre la guerre en Irak, davantage à l’évidence que lors du précédent défilé anti-Brexit du 20 octobre, qui avait réuni 700 000 personnes.

Sur tous les tons, de l’ironie à la colère, d’innombrables pancartes confectionnées à la maison disaient le désarroi : « Personne n’a voté pour ce chaos », lisait-on en passant à Trafalgar Square et, le long de Picadilly, « Arrêtons maintenant cette débâcle » ou « Je suis tellement en colère que j’en ai mal à la tête ». « Tant de choses terribles sont arrivées depuis ce référendum, expliquait Gill Slattery, une enseignante à la retraite venue du Sommerset. L’intolérance monte en flèche et la paix en Irlande est menacée. J’ai peur pour mes enfants et petits-enfants ».

« Que voulons-nous ? Un vote populaire »

Drapé dans un Union jack frappé des étoiles jaunes européennes, Conrad Gray, un étudiant de 21 ans, témoignait : « Etre britannique, c’est être européen. Ma génération est complètement européenne. Vous les continentaux, ne nous oubliez pas ! Mon père a perdu son emploi car son employeur est parti en Hollande. Si le Brexit a lieu, je lutterai toute ma vie pour qu’on revienne dans l’UE ». D’innombrables drapeaux européens flottaient sur le cortège et les « I love EU (prononcer « i-you ») et les « Fier d’être Européen », souvent vus dans les précédentes manifestations, étaient de nouveau là.

« L’Europe est partout dans nos vies : science, commerce, emplois, amitié. Comment allons-nous lutter seuls contre le changement climatique ? », s’inquiétait Rose Austin, une juge venue avec son fils. « L’Europe, c’est notre avenir commun. Je suis terriblement triste pour ce pays généreux et ouvert à la diversité », disait Matthias Langraf, un chercheur scientifique allemand de Cambridge.

Mais ce cortège-là, plus massif, plus divers socialement que les précédents, s’adressait moins à l’Europe, comme auparavant, qu’au gouvernement de Theresa May. « Arrêtez de nous dire ce que nous voulons. Demandez-le nous ! », clamait une pancarte, tandis qu’une autre demandait : « Il est temps d’écouter, Theresa ». Un espoir pour les prochains jours ? « Que Theresa May soit écartée et que les députés s’entendent sur une alternative », espérait une marcheuse. « Honte à toi Theresa May », scandait parfois la foule en passant devant Downing Street.

Peu de slogans, sauf un : « Que voulons-nous ? Un vote populaire ». Pour ne pas effrayer l’opinion, le mot « référendum » n’est pas employé. On parle plutôt de « People’s vote ». Le collectif du même nom, financé notamment par la fondation de George Soros, avait même retiré le mot « vote » de l’intitulé de la manifestation, organisée officiellement pour « soumettre la question au peuple » (« Put it to the people »).

« Theresa May doit partir »

L’idée était de contredire le cliché d’anti-Brexit privilégiés, issus des élites mondialisées, urbaines et méprisantes vis-à-vis du peuple, et de se présenter comme un mouvement ouvert aux gens quel qu’ait été leur vote au référendum de 2016, réunis par le sentiment d’une catastrophe nationale. De fait, 88 % des Britanniques jugent négativement la gestion du Brexit par Mme May, selon les sondages. « Mes amis qui ont voté pour le Brexit sont furieux eux aussi, clamait la pancarte brandie par Tim Morley, un professeur de français de 45 ans. Ils n’apprécient pas plus que moi la situation actuelle où le seul choix qui nous reste est entre un mauvais accord et une catastrophique sortie sans accord ». Mais les opinions massivement exprimées dans le cortège ne faisaient aucun doute : c’est à une annulation du Brexit que devrait conduire le deuxième référendum revendiqué.

Sur des écrans géants disposés sur le parcours sont apparues les personnalités politiques s’exprimant depuis un podium installé sur Parliament square, face à Westminster. Une tribune de choix pour les petits partis d’opposition (Libdems et Verts) et pour le parti national écossais (SNP). Sa présidente Nicola Sturgeon, première ministre d’Ecosse, défend l’idée d’un second référendum sur le Brexit, espérant qu’il créera un précédent pour un second référendum sur l’indépendance écossaise.

Mais les orateurs les plus attendus étaient les élus du Labour qui avaient osé braver la ligne du leader Jeremy Corbyn, qui, hostile à l’Union européenne, préférerait que la crise débouche sur de nouvelles élections plutôt que sur un nouveau référendum. Le numéro deux du parti, Tom Watson, a pris la parole. Pour lui, les efforts du Labour pour construire une alternative ont échoué et redonner la parole aux électeurs est la seule solution.

Le maire de Londres, Sadiq Khan, a lui fustigé l’« approche chaotique et confuse » de Theresa May. « Certains disent qu’un deuxième référendum aggraverait les divisions dans le pays. Je ne suis pas d’accord. Ce serait l’occasion dont nous avons tant besoin pour combler le fossé que le [premier] référendum a créé ». Mais c’est le député du Labour David Lammy qui s’est taillé le plus grand succès en demandant à la foule de scander « Ils ont menti ! », après qu’il a lancé les noms de Boris Johnson, Michael Gove, Nigel Farage et Theresa May. Et quand il a demandé aux manifestants de répéter « Theresa May doit partir », ils ne se sont pas fait prier.

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